Je me suis donc retrouvé à Montréal en avril/mai ; le soleil tapait ça avait bien changé par rapport à janvier. J'emménageai le premier juillet en coloc à Montréal et refis de la maille en bossant en cuisine. Fin janvier 2010 mon PVT se terminait et je n'avais pas de boulot pour le prolonger en visa de travail. Je trouva un plan pour louer une bagnole et faire le tour du poteau à Lacolle, m'ayant au préalable organisé pour rester six mois de plus au Canada avec un visa de visiteur. Il faut toujours avoir un plan en tête quand on voyage... Partir vers l'inconnu c'est bien le fun mais on peut se retrouver bien rapidement le bec dans l'eau et finir par couler.
Si le plan A ne fonctionne pas, rebondir illico sur le plan B, puis sur le plan C, etc... Avec internet maintenant c'est facile de préparer un voyage à l'avance. Un check sur Google pour les adresses utiles, quelques mails pour trouver du couchsurfing ou du wwoofing ; Google Maps pour savoir par où on passe ainsi que le nombre de kilomètres et le temps entre les villes. Je me débrouille pour trouver un spot correct et je commence à faire du pouce avec ce qu’il faut dans mon sac pour avoir chaud et dormir dehors au cas où, de l’eau et de la nourriture. Un coup de Facebook pour garder le contact avec la famille et les amis, partager des photos et des nouvelles, et le tour est joué, on fait le tour du monde ! Pour le moment je me tiens toujours à mon plan A : traverser le Canada en stop d'est en ouest, en reliant Cape Spear à Inuvik, au bout de la Dempster Highway.
J’ai quitté Montréal en stop fin janvier avec mon nouveau visa et suis allé faire du wwoofing dans le Témiscouata. J'ai passé un mois à Lejeune dans un chenil avec 70 chiens de traîneau. Le boulot principal était de s’occuper des chiens et de conduire les attelages de temps à autre. La magie du chien de traîneau... Huit trous du balle tirant la charue qui s'arrêtent tout le temps pour chier... Des virages à négocier serrés si on veut pas manger la neige ou les sapins. La course du matin après les chiens qui se sont échappés dans la nuit... Il n’y avait pas assez de clients et de travail pour les trois wwoofers que nous étions. On passait le temps en bouffant du gruau, le galon de sirop d'érable il aurait pas fait la semaine si on continuait comme ça. Je suis ensuite allé passer une semaine dans un refuge sur le bord d’un lac avec personne aux alentours. J'ai crapahuté pendant 7h à pied pour m'y rendre ; je suis arrivé à la tombée de la nuit, mais là au moins j'avais la paix. Je me suis essayé à la pêche blanche et au braconnage. Je m'étais fait des lignes comme je pouvais et j'utilisais les trous déjà fait dans la glace. J'avais pas de vers pour attirer les poiscailles, que des pois chiches et les mouches que j'arrivais à chopper : le résultat était pas fameux. J’ai ensuite travaillé une semaine dans un restaurant végétarien à Auclair puis suis resté plus d’un mois au Domaine Acer, une érablière toujours à Auclair. Je tombai pile au moment des sucres et j’ai eu la chance de voir tout le travail pour produire du sirop d’érable.
Le travail de préparation consiste à entailler les érables pour passer des tuyaux en plastique dans le tronc et récolter l’eau d’érable. C’est cette sève avec 2% de sucre qui est concentrée pour faire du sirop. L’eau coule des érables quand il fait assez froid la nuit pour que l’eau se concentre et gèle dans la cime des arbres. Avec les journées ensoleillées les branches dégèlent et l’eau descend dans le tronc pour nourrir les racines. L’entaille permet de récupérer l’eau qui est ensuite acheminée dans des cuves par un système de pompes qui créé un vide d’air.
L’eau d’érable est ensuite concentrée une première fois par osmose pour gagner du temps et de l’énergie jusqu’a ce qu’elle atteigne une teneur en sucre de 8%. On la passe ensuite dans un évaporateur pour la faire bouillir et concentrer le sucre. C’est lors de cette opération que le sirop prend tout son goût et sa couleur. Il y aura des différences en fonction du temps de la récolte. En début de saison le sirop sera très clair avec goût de guimauve parfois... Il devient ensuite plus foncé avec un goût plus caramélisé voire boisé... Sur la fin ça peut devenir super fort avec un goût de sève pas très bon. Pour ma part ça va devenir difficile une fois de retour en France de me passer de sirop d’érable...
On peut remplacer l’usage du sucre blanc par du sirop d’érable pour pratiquement chaque utilisation. Le sirop peut aussi être transformé en sucre fin comme on fait avec la betterave ou la canne. L’avantage de son utilisation est que c’est un produit biologique par nature : les érables poussent d’eux même dans les forets sans pesticides ni engrais et l’on n’ajoute aucun produit pour le transformer en sirop. On ne peut néanmoins qu'en produire dans les régions proches du Québec car le climat y est approprié. Une des particularités du Domaine Acer est la transformation du sirop d’érable en produits dérivés comme le beurre d’érable, la gelée ou en alcool. Le sirop peut se fermenter pour donner des apéritifs proches du Pineau des Charentes ou du Porto mais aussi en vin blanc ou en vin mousseux méthode champenoise.

Comme je me faisais plutôt chier à
Whitehorse et que j’avais adoré Dawson, je décidai d’y retourner pour y passer l’été. Je refis mon sac et réglai mes dernières affaires avant de reprendre la route. Je partis de Whitehorse en
stop, j’avais plus trop envie de conduire après le coup de la voiture de location et de toute manière il n'y a pas de bus pour aller